Rennes, Paris, Grenoble, Le Havre et plus récemment Montpellier : chaque année, ce sont des dizaines de communes qui décident de sauter le pas et de rédiger une charte de végétalisation citoyenne, permettant à ses habitants de verdir les espaces urbains communs. Comment déposer un permis de végétaliser, quels sont les droits et les obligations attenantes aux permis… ? Vous allez tout savoir sur ces autorisations de “dé-bitumer” !

Végétalisons les villes : les sources d’inspiration 

Si Paris est la première ville française à avoir officiellement autorisé les “permis de végétaliser”, la revendication du droit de jardiner en ville remonte à bien longtemps. 

On peut entrevoir un lien de parenté entre ces autorisations de “dé-bitumer” et les revendications des “diggers(littéralement “bêcheurs”) de la république anglaise du XVIIème siècle. Menés par Gerrard Winstanley et William Everard, les Bêcheux tentèrent de réformer l’ordre social existant par un style de vie strictement agraire (refusant l’Enclosure Act : l’appropriation privée des prés communaux et plus généralement des terres communales, terres qui étaient auparavant mises en commun par les paysans et habitants), s’organisant autour de petites communautés rurales autonomes et égalitaires.

Ce “permis de végétaliser” reprend également les idées du mouvement Green Guerilla ou Guerilla Gardening (littéralement “guerre verte” ou “guerre des jardinières”). Manhattan, 1973 : une fine équipe décide de convertir un lotissement abandonné en jardin collectif. La démarche prend de l’ampleur, jusqu’à devenir un mouvement d’activisme politique, utilisant le jardinage comme moyen d’action environnementaliste, pour défendre le droit à la terre, la réforme agraire, la permaculture.

En France, les pionniers de ce mouvement de végétalisation sont probablement les membres du collectif Rennes jardin qui, suite aux restructurations de circulation et à l’inauguration de la ligne de métro rue de l’Alma en 2004, décident de former une association et de végétaliser la rue laissée à l’abandon. 200 m² d’ifs, de troènes et de merisiers sont alors plantés. Après plusieurs mois de combat, l’association signe une convention avec la ville. L’opération dite Embellissons nos murs donne officiellement aux habitants l’autorisation de végétaliser les trottoirs et les murs de leurs quartiers. 

Si la paternité du mouvement prête à débat, une chose est sûre : aujourd’hui le concept fait l’unanimité. Paris, Lille, Marseille, Bordeaux, Montpellier, Reims… un grand nombre de communes françaises ont aujourd’hui leurs programmes de végétalisation urbaine. 

Vos droits

Vous l’aurez compris : les permis de végétaliser confèrent aux citoyens titulaires de ladite autorisation – qu’ils soient individuels ou réunis en collectif – le droit de verdir une partie de l’espace urbain. 

Les possibilités de végétalisation sont multiples : bêchage aux pieds des arbres ou dans des fosses de plantation, installation de jardinières au sol, suspension de jardinières à des potelets ou des barrières anti-stationnement… une grande latitude est laissée aux riverains. 

Certaines villes vont même jusqu’à proposer le “dé-bitumage” de secteurs, en vue d’y développer des zones de végétalisation. La taille et la forme de ces carottes d’asphalte dépendent du projet et de sa localisation. À titre d’exemple, une fois le projet validé, la métropole de Bordeaux intervient pour creuser une fosse de plantation (15 cm de diamètre et 20 cm de profondeur) et fournir de la terre. 

Comment obtenir un permis de végétaliser ?

Pour obtenir un permis de végétaliser, les citoyens volontaires doivent remplir un formulaire de demande, téléchargeable sur le site Internet de la mairie ou accessible auprès de la permanence d’accueil de cette dernière. 

Une description précise du projet doit être jointe au formulaire, dont la localisation, les caractéristiques (dimensions, matériaux…) et les essences proposées (arbustes, arbres, fleurs). 

Le dossier est ensuite étudié par un comité dédié qui validera la pertinence du projet, sa viabilité et son adéquation avec le milieu. Une attention particulière sera portée à l’impact potentiel de ce dernier sur la mobilité urbaine – il s’agit de ne pas entraver la circulation des riverains, des poussettes, des fauteuils roulants ou de tout autre usager de l’espace public. 

Une fois le projet autorisé, la réalisation sera laissée libre aux citoyens demandeurs. À noter toutefois que de nombreuses villes fournissent, sur demande, du matériel de base : bacs, kits de plantation, terre, terreau, graines de plantes mellifères… Certaines vont même jusqu’à proposer un soutien technique via des formations ou des événements de sensibilisation, à l’image de la commune de Paris et de sa Maison du Jardinage, dans le parc de Bercy. 

Quelles sont les obligations ?

Que ce soit à Mulhouse, Avignon, Le Havre, Marseille, Strasbourg ou Rennes, l’engagement est le même : les citoyens s’accordent à ne pas utiliser de pesticide ou d’insecticide, à planter des espèces locales et à entretenir l’espace végétalisé, c’est-à-dire, à l’arroser, le désherber, le tailler… 

Concernant les essences plantées, les obligations diffèrent selon les communes. Ainsi, certaines n’imposent aucune restriction alors que d’autres ne permettent pas les arbres fruitiers ou les plantes grimpantes. De même, certaines villes imposent que les récoltes potentielles issues des potagers soient partageables avec l’ensemble des résidents et non exclusivement réservées aux détenteurs du permis de végétaliser.

Il conviendra donc de se rapprocher de sa commune pour en savoir davantage sur ce point. 

Pour finir, si les communes mettent à disposition les éléments de base respectant leur charte graphique, la signalétique est laissée à la charge du citoyen. A minima doit être affiché le numéro du permis de végétaliser associé pour faciliter le contrôle des services communaux. 

À noter, certaines communes, comme la métropole Lilloise, imposent également aux citoyens de transmettre, au moins une fois par an, des photos de l’espace végétalisé afin de vérifier la conformité du projet et d’assurer la promotion de la démarche.

Durée de vie et transmission des permis

La durée de vie d’un permis de végétaliser dépend de la commune d’implantation du projet. En règle générale, les titres attribués sont valables un an et sont reconductibles tacitement. Melun (Seine et Marne), Hazebrouck (Hauts de France) ou encore Saint Denis (Seine-Saint-Denis)… nombreuses sont les communes qui s’accordent sur cette durée. 

Toutefois, certaines villes appliquent des restrictions différentes. Ainsi, les permis de végétaliser accordés par la commune de Périgueux (Dordogne) ont une durée de vie de 3 ans renouvelables tacitement mais ne peuvent excéder douze ans, alors que ceux accordés par la commune de Fresnes (Val de Marne) sont valables deux ans et doivent être reconduits via une demande de prolongation expressément faite par le citoyen. 

De même, à l’image de Paris, certaines communes accordent le droit aux citoyens de céder leur permis de végétaliser à un autre concitoyen, sous déclaratif seul. En d’autres termes, le propriétaire du permis doit transmettre à la commune le nom et les coordonnées du nouveau gestionnaire de l’espace en question, pour inscription dans les registres de la commune. Toutefois, cette possibilité est relativement rare et, dans la majorité des cas, les citoyens concernés doivent nécessairement clôturer la demande en cours et en ouvrir une nouvelle pour faire perdurer le projet. 

Quels bénéfices pour la ville et ses habitants ?

Les bénéfices des permis de végétaliser sont multiples et apportent tant aux citadins qu’aux collectivités. 

Ainsi, en plus d’embellir à moindre coût les rues, les quartiers, les villes…  ils permettent d’améliorer le cadre de vie des citoyens, qu’ils prennent part ou non au projet. Ces derniers se sentent plus impliqués dans la vie de leur commune et ainsi plus respectueux de son entretien. À ce titre, les communes qui ont intégré les permis de végétaliser dans leur charte urbaine ont pu remarquer une diminution considérable des dégradations de leurs espaces verts. 

Les permis de végétaliser encouragent également les instants de partage, de rencontre et favorisent la création de lien social entre voisins. L’émergence de collectifs citoyens rendent d’ailleurs bien état de cet enjeu, plus que bénéfique pour les communes concernées. 

Les permis de végétaliser permettent également à des citadins de reprendre contact avec la terre et de sensibiliser à la nature les jeunes générations, souvent privées d’un accès direct à des espaces verts. Les communes en sont d’ailleurs bien conscientes et utilisent volontiers ces démarches citoyennes pour communiquer sur l’importance de la végétalisation et du développement de la biodiversité dans les espaces urbains. 

Finalement, l’installation de plantes et de fleurs mellifères est un excellent moyen de dynamiser et favoriser le développement de la biodiversité à l’intérieur des espaces urbains. Ainsi, les collectivités dans lesquelles ces services sont proposés ont pu voir une augmentation de la pollinisation et une recrudescence du nombre d’oiseaux. 

Cerise sur le gâteau : ces espaces végétalisés permettent une régulation naturelle de la température ambiante et une inhibition de certaines pollutions, bien souvent pointées du doigt dans les métropoles ! Bref, les effets positifs sont nombreux, à toutes les échelles et pour tous les acteur. N’hésitez donc plus, lancez vous dans l’aventure !