Qu’advient-il des décors de défilés de mode ? Ou ceux de séances photos à des fins publicitaires ? Ou des ornements des vitrines des magasins de luxe ? L’association Ré-enchantement a choisi d’apporter une réponse à ces légitimes questions.

Genèse du projet 

L’association à but non lucratif Ré-enchantement est le fruit d’une rencontre entre trois mamans convaincues que le contact de la beauté aide à l’apprentissage et à la guérison. Ensemble, elles ont décidé de monter une structure permettant de rendre accessible l’art et le luxe aux personnes vulnérables, sans pour autant faire appel à des objets à usage unique ou manufacturés à des milliers de kilomètres ! 

Le trio a souhaité inscrire sa démarche dans le cercle vertueux de l’économie circulaire et de la recherche de durabilité, privilégiant l’upcycling au consumérisme. Leur grande idée est donc de donner une seconde vie à la scénographie des vitrines de flagships, des défilés, des shootings de campagnes de publicité et de pages mode des magazines. L’association sauve donc ces décors d’une destruction quasi-certaine pour les réimplanter, tout ou en partie, dans des lieux ordinaires, voire plutôt sordides, en vue de « ré-enchanter » ces derniers. 

Une démarche solidaire 

Services hospitaliers spécialisés en pédiatrie, en oncologie, crèches, halte-garderies, Maisons des Jeunes et de la Culture (MJC), missions locales destinées à insérer dans l’emploi des jeunes non ou peu diplômés, lieux d’accueil de jour ou d’hébergement de femmes en souffrance, Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH), Centre médico-psycho-pédagogique (CMPP), associations sportives… nombreux sont les lieux quotidiennement fréquentés par des populations plus ou moins vulnérables dans lesquels le mobilier et les décors ne sont pas une priorité. Et pour cause, ces institutions peinent déjà à couvrir leurs frais de fonctionnement – la décoration y est donc généralement vue comme le cadet des soucis.

Pourtant, comme le défendent les bénévoles de l’association Ré-enchantement, la proximité avec la beauté peut largement faciliter les apprentissages, favoriser la convalescence et renforcer l’estime de soi. 

Par nature, ces éléments sont généralement des éléments fastueux et poétiques qui encouragent le sentiment d’évasion et de réconfort. 

Rendre accessible l’art et surtout le luxe (haute couture, joaillerie, parfums et cosmétiques) à des populations fragiles peut avoir un impact considérable sur la qualité de vie de ces dernières. 

Art-Thérapie, un concept ancestral 

L’application de l’art à des fins thérapeutiques n’est pas un concept récent, bien au contraire. 

Les premiers écrits évoquant les effets cathartique et thérapeutique de l’art remontent à la Grèce Antique, quelques siècles avant la naissance de JC. Depuis lors, les vertus médicinales de l’art n’ont cessé d’être plébiscitées par les communautés scientifiques et certains chercheurs de renoms, tel que le célèbre psychiatre suisse Carl G Jung (1875-1961) qui, dès la fin du XIXème siècle, avait expérimenté les bienfaits de l’expression par le dessin avant d’intégrer cette approche dans sa pratique. 

Toutefois, il faudra attendre le XXème siècle et les travaux de Margaret Naumburg, enseignante et psychothérapeute américaine reconnue comme l’une des pionnières dans le domaine, pour que l’art-thérapie fasse officiellement son entrée dans le cercle très fermé des sciences médicinales. 

Ses travaux ont vite été repris par ses confrères anglo-saxons et la pratique s’est popularisée au Canada, aux États-Unis et en Angleterre. C’est ainsi qu’ont été fondés en 1967 le Toronto Art Therapy Institute et en 1977 la Canadian Art Therapy Association, et que l’Angleterre est devenu en 1997 le premier pays européen où la profession « d’art-thérapeute » est reconnue par les Services de Santé publique. 

En France et dans le reste de l’Europe, ce type de thérapie peine à se populariser. Bien que plusieurs assurances allemandes aient décidé de couvrir une partie des frais de l’art-thérapie et que plusieurs programmes de formations soient proposés en France depuis les années 1970, cette science et ses bienfaits sont encore relativement méconnus.

Neuf mois fermes… et fructueux !  

Depuis son enregistrement en tant qu’association de loi 1901 au journal officiel, le 21 mars 2020, l’association n’a pas cessé son combat, et bien que mise à mal par la crise sanitaire actuelle, la structure a su se diversifier. 

La majorité des événements artistiques étant annulés, l’association a décidé de se concentrer sur la fabrication de décors muraux.

Après seulement 9 mois d’activité et malgré une situation sanitaire défavorable, l’association a réussi à embellir les services de réanimation et de soins intensifs des hôpitaux parisiens (AP-HP) Avicenne (Bobigny), Lariboisière (Paris – Xe), Saint Antoine (Paris – XIIe) et la  Pitié-Salpêtrière (Paris – XIIIe). 

Ainsi, les patients de ces structures peuvent désormais contempler 40 clichés (dont les droits de reproduction ont été offerts) de photographes de renoms, tels que Stéphane Ménant, Marc Urrutia, Thomas Paris et Solli Kanani

Ces réalisations ont bien évidemment été possibles grâce à la générosité de ces artistes mais également grâce au soutien du collectif #protègetonsoignant qui, pour un budget de 1 800€, a financé la reprographie et l’encadrement des photographies.

Les prochaines actions

L’association compte poursuivre ses activités et envisage d’insuffler un peu de réconfort et d’espoir aux communautés suivantes :

  • les personnes âgées dépendantes résidant dans les EHPAD de Villemoisson-sur-Orge et dans le Morbihan ainsi que leurs familles leur rendant visite et le personnel soignant les encadrant 
  • les mères isolées en grande difficulté, hébergées en centre maternel et qui bénéficient, entre leur 7ème mois de grossesse et le troisième anniversaire de leur enfant, d’un support psychosocial. 
  • les jeunes recueillis par l’Aide Sociale à l’Enfance de l’Essonne, un des 21 établissements de l’Association Olga Spizer, qui intervient auprès de mineurs (0 à 18 ans) et de leurs familles suite à une décision judiciaire dans le cadre d’une Mesure Judiciaire Éducative ou d’une mesure d’Action Éducative en Milieu Ouvert. En 2019, le centre est venu en aide à plus de 1 306 enfants résidant en Essonne. 

De beaux projets que nous prendrons plaisir à suivre de près !


Sources

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