Lutter contre le réchauffement climatique en promulguant l’innovation ? C’est le pari fou dans lequel s’est lancé Time For the Planet, une start-up lyonnaise créée en 2019, dont l’objectif est de récolter 1 milliard d’euros pour financer 100 entreprises qui œuvrent pour la réduction ou la captation des gaz à effet de serre.

Une structure pas comme les autres 

En opposition à de nombreuses structures, Time For the Planet ne se vante pas de résoudre l’ensemble des difficultés auxquelles fait face l’humanité au XXIème siècle, bien au contraire : la jeune entreprise a choisi son combat et a décidé de focaliser ses efforts sur le treizième objectif de développement durable de l’ONU, à savoir « participer à la lutte contre le réchauffement climatique » et tout particulièrement atténuer les émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) à l’échelle planétaire.  

La start-up exclut donc de son champ d’actions les innovations qui n’ont pas un impact direct et significatif sur les émissions de gaz à effet de serre, même si ces derniers font partie des objectifs de développement durable ou ont un impact considérable sur la planète. À titre d’exemple, la firme a choisi de ne pas traiter le « problème du plastique dans les océans ». Bien que consciente de l’impact dévastateur que ce dernier peut avoir sur la biodiversité, le sixième continent n’a qu’un impact minime sur l’augmentation des gaz à effet de serre. Ce point ne rentre donc pas dans le champ des actions de Time For the Planet. Par contre, financer des industries engagées dans la production de matériaux alternatifs au plastique ou dans des mécanismes de production plus vertueux entre tout à fait dans la ligne de mire de la jeune entreprise. 

Elle exclut également les innovations qui ont un effet indirect et non mesurable sur les émissions de gaz à effet de serre telles que la sensibilisation et la pédagogie en faveur du climat et de l’importance d’œuvrer contre le réchauffement climatique, ou encore les innovations non réplicables à l’échelle mondiale. En effet, la jeune entreprise a décidé de focaliser ses efforts sur des solutions permettant d’être adoptées par le plus grand nombre et surtout réplicables dans tous les pays du monde. Elle ne souhaite donc pas soutenir des démarches citoyennes ou des projets personnels locaux.

Une stratégie bien définie 

Pour arriver à atteindre cet objectif déjà bien défini, Time For the Planet a identifié 4 leviers d’actions indispensables, sur lesquels elle concentre tous ces efforts : 

  1. La Décarbonisation ou Décarbonation : développer des sources d’énergie et des matériaux qui n’émettent pas de GES (Zéro Émissions), 
  2. L’efficacité énergétique : améliorer les rendements des systèmes actuels pour diminuer leur consommation de ressources et donc réduire les émissions associées, 
  3. La sobriété en énergie et en matières premières : réduire les besoins afin de limiter mécaniquement l’ensemble des GES de toute la chaîne de production 
  4. La Captation des GES : capter les GES émis, directement et indirectement, afin d’en limiter l’augmentation de la concentration dans l’atmosphère, voire la réduire.

La jeune entreprise souhaite également concentrer ses efforts sur les 5 secteurs identifiés comme source principale d’émissions de gaz à effet de serre à l’échelle planétaire selon le 5ème rapport du GIEC, publié en 2010 : la production d’énergie (34%), l’agriculture (25%), l’industrie (21%), le transport (14%) et la construction (6%). 

4 leviers d’action pour 5 secteurs différents, c’est ainsi que Time For the Planet a défini la liste des 20 « problèmes » sur lesquels elle souhaite œuvrer. 

Une gouvernance atypique 

À l’image de son combat, la gouvernance de Time For the Planet est relativement atypique. Et pour cause, la société commerciale est une Société dite en Commandite par Actions (SCA). En d’autres termes, la structure est dirigée par des associés divisés en deux groupes distincts : les commandités et les commanditaires. 

Les 6 commandités ou cofondateurs – Nicolas Sabatier, Mehdi Coly, Laurent Morel, Coline Debayle, Arthur Auboeuf et Denis Galha Garcia – sont indéfiniment et solidairement responsables des dettes de la société et leurs parts ne sont pas librement cessibles. En contrepartie, ce statut particulier leur confère le droit de nommer le représentant et gestionnaire de la société et de siéger au conseil d’administration. 

En tant que gérants de la société, les commandités reçoivent une rémunération fixée statutairement à 4 fois le Salaire Minimum de Croissance (ou SMIC). 

À noter, les commandités sont les seuls en capacité d’assurer la gérance de la structure et sont liés à cette dernière jusqu’à la fin de leurs jours. En cas de décès de l’ensemble des cofondateurs, la gérance de la société sera, par défaut, déléguée à l’Organisation des Nations Unies (ONU).

Les commanditaires ou actionnaires sont les personnes qui détiennent des titres dans la société, qu’ils ont préalablement achetés. Chaque commanditaire est libre de se présenter pour devenir membre du conseil de surveillance, sur la base d’une voix vaut une action. Composé de 3 à 12 commanditaires (les cofondateurs n’étant pas autorisés à siéger), ce conseil se réunit deux fois par an et a à charge de valider les décisions d’investissement prises par le ou les gérants. 

Pour assurer la mixité et la bonne représentativité du conseil, ce dernier est élu pour 3 ans et est renouvelé tous les ans par tiers.  

En opposition aux commandités, les commanditaires sont en droit de vendre leurs actions à des tiers au montant qu’ils souhaitent. Time For the Planet propose régulièrement des nouveaux titres (1 à 2 fois par an) à un prix forfaitaire de 1€ l’action, les actionnaires n’ont aucun intérêt à vendre leurs parts plus chères. Ce système de gérance permet donc de prévenir les prises de positions spéculatives des actionnaires. 

Concernant la répartition des bénéfices ? Aucun dividende ne sera reversé aux actionnaires de Time For the Planet tant que le réchauffement climatique ne sera pas revenu à celui de l’ère pré-industrielle, à savoir 0°C selon la méthodologie utilisée par le GIEC

Par ce biais, la société d’actions s’assure que 100% des bénéfices engendrés sont réinvestis pour lutter contre le réchauffement climatique. 

Comment les projets sont-ils sélectionnés ? 

Time For The Planet a choisi de baser sa méthode de sélection des projets sur la théorie des 6 degrés de séparation, qui suppose que nous sommes tous à 6 relations de distance de n’importe quelle autre personne dans le monde. 

En d’autres termes, la société mise sur la collaboration et l’échange, permettant à tout un chacun de proposer une innovation sur le site Internet de la start-up. Cette dernière s’engage alors à prendre contact avec l’inventeur pour en apprendre davantage sur l’innovation en question, le stade d’avancement, le modèle économique envisagé…Toutes les informations nécessaires pour permettre à la structure de rédiger la « fiche innovation », sur laquelle se base la sélection finale. 

Par la suite, les étapes de sélection des innovations suivent les schémas classiques : les sujets sont présélectionnés par une communauté d’experts originaires de domaines et de régions différentes (chercheurs, professionnels, utilisateurs…), ils sont ensuite validés par le Comité Scientifique, décrit dans le paragraphe précédent.

Une fois toutes ces étapes franchies, le projet est présenté à l’ensemble des associés de Time For the Planet, qui s’assure de l’adéquation du projet avec les valeurs de la start-up ainsi que du bien fondé de la technologie proposée. À noter, si les 6 cofondateurs ne retiennent pas le projet, ce dernier pourra être retravaillé par son inventeur, il restera donc dans les canaux privilégiés de Time For the Planet. 

In fine, la sélection se fait sur la base de 3 grands critères : 

  • L’impact et le marché potentiel : la solution doit s’adresser au plus grand nombre et doit avoir un impact significatif et mesurable à moyen/long-terme. 
  • La maturité technique et le degré d’innovation : le projet doit être relativement avancé dans la démarche de R&D et mature. 
  • La facilité de déploiement de la solution en Open Source : seules les entreprises en capacité de déployer leur technologie en open source seront soutenues par la start-up 

L’Open Source, la clef du succès ? 

Time For the Planet a donc décidé de baser son combat sur l’open source et entend donc mettre à disposition du plus grand nombre les éléments permettant de copier, utiliser et surtout commercialiser les innovations produites par les entreprises qu’elle sponsorise. 

En d’autres termes, la structure tend à accorder les licences d’utilisation de ses innovations à tous ceux et celles qui en feront la demande, sous réserve que ces derniers respectent les grandes lignes de sa charte éthique et qu’ils adhèrent aux idéaux défendus par la start-up. Les sociétés détentrices des brevets peuvent alors copier tout ou partie de l’innovation, améliorer cette dernière et bien évidemment la commercialiser. 

En contrepartie, Time For the Planet demande à ce que toute amélioration ou découverte faite sur l’innovation soit rendue publique et que la technologie en question soit uniquement commercialisée dans un domaine et sous une forme préalablement recensée dans la liste exposée dans la licence édictée par Time For the Planet. Ainsi, une innovation ne peut pas être déviée de son secteur initial d’application sans l’approbation préalable de la structure. 

Bien consciente que pour qu’une entreprise soit viable et pérenne cette dernière doit nécessairement se baser sur un modèle économique robuste et efficient, la start-up incite ses filiales à proposer des services additionnels payants (prestation de services, formations, guides…), vendre ses innovations comme des marques, développer des réseaux (contrats d’installation et/ou de maintenance…), vendre des matières premières, doubler les licences en proposant des services annexes (et donc plus complets) payants… 

Pour la jeune entreprise, Open Source ne rime donc pas forcément avec échec commercial, bien au contraire, et sensibilise donc ses adhérents à user de cette pratique pour faire connaître leur technologie au plus grand nombre. 

Comment sont mesurées les performances des projets ?  

Comme évoqué précédemment, Time For the Planet souhaite axer ses efforts sur des technologies qui ont une incidence directe et mesurable sur la réduction des gaz à effet de serre. 

Pour cela, la structure a décidé de créer un indicateur numérique, le Taux de Retour pour la Planète (TRP). À l’image du Taux de Retour sur Investissement (TRI) dans le système d’investissement « conventionnel », cet indicateur est le rapport entre la diminution et/ou la captation de gaz à effet de serre par rapport à l’investissement financier effectué par Time For the Planet

De manière arbitraire, la structure a défini un TRP minimum pour chaque investissement, correspondant à une situation sans aucune exploitation tierce via les licences libres. L’investissement n’est réalisé que si le TRP minimum est supérieur à 0.05 (tonnes équivalent CO2/€), soit à un coût maximum de 20€ par tonne de CO2 équivalent captée ou non émise. L’entreprise communique également à ces sociétaires leur TRP individuel, qui n’est autre que le nombre de tonnes équivalentes de CO2 capturées ou non émises par euro investi dans Time For the Planet. Ce dernier se base donc sur le TRP annuel de Time For the Planet, correspondant au TRP projet moyenné sur 10 ans.

Prendre part au projet

En tout juste un an d’existence, la société commerciale à but non lucratif a réussi le pari fou de regrouper plus de 7 000 associés et à collecter près de 1.2 million d’euros à travers le monde. 

Outre le fait d’acheter des parts dans la société, vous pouvez également relayer leur combat sur les réseaux sociaux pour faire connaître la structure par le plus grand nombre. Pour cela, n’hésitez pas à partager leur « Non Goodies », ces « Non objets publicitaires », dont l’impact tant sur la planète que sur les consciences n’est plus à démontrer…


Sources

risus. consequat. sem, venenatis, Aenean mi, amet,