Tiphaine Loiseaux est médecin généraliste. En 2013, elle a monté une maison de santé à Aubervilliers, territoire considéré jusqu’alors comme un désert médical. Elle raconte.

Lors de son internat, Tiphaine Loiseau découvre le quartier du Landy, à Aubervilliers, dans le 93. C’est une zone très industrialisée et laissée à l’abandon. Juste après sa thèse, elle choisit de s’y installer et, en 2013, elle y monte une maison de santé ; réponse à un besoin majeur d’implantation de professions de soins sur un territoire assez violent, qui n’en comptait aucun.

Retrouvez la conférence complète de Tiphaine Loiseaux lors du forum annuel du Courant pour une écologie humaine.

Pouvez-vous nous parler de votre initiative ?

Tiphaine Loiseaux : “Initialement, nous étions plusieurs soignants dans un cabinet médical classique. Nous avons dû déménager pour des raisons d’accessibilité aux personnes handicapées. Ce changement de lieu était une opportunité : on a souhaité élargir le cabinet et créer une maison de santé. Cela signifiait que l’on ouvrait le lieu à d’autres professionnels aux expertises complémentaires : infirmières, orthophonistes… Nous voulions travailler ensemble dans ce quartier où il n’y avait absolument aucun soignant… un désert de soin. C’est un quartier très défavorisé.” 

Pour vous, qu’est ce qu’un territoire ?

T. L. : “Un territoire est défini par les personnes qui habitent, travaillent et vivent ensemble à un endroit particulier, un lieu qui va être plus ou moins restreint, le lieu que je connais, à l’échelle d’un quartier que l’on peut parcourir à pied.”

Quelles ressources / contraintes identifiez-vous sur votre territoire ?

T. L. : “Les ressources du quartier du Landy vont justement être ses habitants, extrêmement dynamiques. C’est un territoire très jeune où les gens sont extrêmement motivés et vont lancer des initiatives très variées, très intéressantes et qui les portent jusqu’au bout. Il y a un lien social fantastique qui peut se créer. L’inconvénient, c’est que ce lien social existe aussi pour faire face à des difficultés sociales terrifiantes. C’est un quartier avec beaucoup de misère, beaucoup de violence. L’architecture est violente, le lieu est violent, les habitudes sont violentes, la population peut, elle-même, être violente. Donc, c’est à la fois un frein et à la fois un terreau favorable au fait que, face à toute cette misère, les gens se bougent pour faire avancer les choses et humaniser le territoire.”

Qu’apporte un maison de santé dans le territoire ?

T. L. : “Pour pas mal de personnes, la santé est quelque chose de très important. Le fait que l’on ait cette implantation de soin dans ce quartier est à la fois rassurant et très dynamisant : c’est un lieu où se croisent les habitants, où un dialogue, une relation peut se créer. C’est aussi un lieu de recours quand il y a des questions. Au lieu d’avoir des barres d’immeubles où rien ne se passe, cet endroit va être un lieux de vie.”

Selon vous, quels changements bénéficieraient à la société ?

T. L. : “Le principal changement qui me paraît nécessaire est d’améliorer le vivre ensemble. On a beaucoup de gens qui ne se connaissent pas, qui vivent à côté les uns des autres sans se rencontrer. Cela déclenche beaucoup de peur, totalement infondée. Dès que l’on connaît les gens, on se rend compte que ces peurs peuvent et doivent être dépassées.

Je pense que le principal changement de société va être de dépasser cette peur de l’autre, cette peur de l’inconnu pour vivre ensemble et pas seulement cohabiter à côté les uns des autres. C’est déjà plus ou moins en cours, mais malheureusement, en l’état actuel des choses : c’est très très loin d’être satisfaisant, d’être vivable. Cela dit, il y a énormément d’initiatives qui améliorent les choses. On est au tout début du changement nécessaire…”

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