Fermer les yeux dans une ville boostée de stress et les rouvrir au petit matin dans une autre, aux embruns d’océan : et si on redécouvrait le plaisir des voyages en train de nuit ?

Un peu d’histoire

Les trains de nuit apparaissent autour de 1850. Sont évidemment favorisés les trajets trop longs pour être faits dans la journée, telle que la liaison Paris – Bordeaux laquelle, à la veille de la première guerre mondiale, nécessitait 7h21 de trajet (contre deux petites heures aujourd’hui).

Le début du XXème siècle est rythmé par une expansion considérable de l’offre ferroviaire nocturne française et européenne : Marseille, Brest, Paris ou encore Berlin, Vienne, Prague… : la majorité des métropoles et des capitales du continent sont reliées par des trains de nuit. À partir de 1936, avec les congés payés et la popularisation des vacances à la mer, ces réseaux sont pris d’assault par les vacanciers français.

Pour beaucoup, le train de nuit devient synonyme de retour au pays pour permission pendant le service militaire. Économique et rapide, les trains de nuit apparaissent comme le moyen de transport de référence des jeunes soldats envoyés servir leur patrie aux quatre coins de l’Hexagone, voire dans des territoires plus éloignés encore : Algérie, Maroc, Allemagne de l’Ouest

À partir des années 1960, pourtant, leur fréquentation s’amoindrie, pour deux raisons majeures : le développement du Train à Grande Vitesse (TGV) qui permet de rejoindre toujours plus rapidement les grandes villes de l’Hexagone – alors que les durées de trajet des trains de nuit s’allongent – et le manque d’investissement dans les trains de nuit. Signe du déclin : dans les années 1980, la suppression de lignes est annoncée. 

En 2004, la Société Nationale des Chemins de fer Français (SNCF) décide de donner un second souffle au train de nuit et propose un tout nouveau service : le réseau Corail Lunéa. L’investissement de près de 5 millions d’euros sur trois ans aurait ainsi permis à la SNCF de moderniser quelques 260 voitures-couchettes (dans lesquelles les lits sont regroupés dans des compartiments, plus intimistes et moins bruyants) et retirer de la circulation les voitures-lits (dans lesquelles les lits étaient disposés sans cloisonnement, à l’image des sièges dans les TGV) peu appréciées par les voyageurs.

Mais le succès est de courte durée : à partir de 2008, année de l’arrêt de la liaison Nice-Reims, les annonces de fermeture de lignes s’enchaînent. 

2016, année noire

En 2016, le service train de nuit représente 3% du trafic global de la SNCF… et 25% de son déficit… Cet argument est affiché lors de l’annonce de la fermeture de 6 des 8 lignes ferroviaires nocturnes début 2016. Mais cette explication est contredite par beaucoup et notamment par les syndicats pour qui la SNCF a sa part de responsabilité dans ce déclin. 

En effet, selon le secrétaire général de la CGT des cheminots, la principale raison de la désertification des trains de nuit résiderait dans la qualité de l’offre proposée : des trains-couchette peu confortables, un service de restauration non adapté et surtout une vétusté des trains importante, avec une flotte d’en moyenne 37 ans d’âge. 

Ainsi, depuis 2016, seules les lignes de nuit Paris-Briançon et Paris-Latour de Carol/Rodez sont encore opérantes, faute de pouvoir proposer une “alternative de transport crédible” (train de jour, bus, avion…).

Par chance, l’ouverture à la concurrence des tronçons abandonnés a permis à certaines lignes de perdurer à l’instar de la ligne Paris-Venise, reprise par la compagnie privée italienne Thello, qui propose des trajets quotidiens.

Des atouts indéniables

Économique, écologique, pratique, moins fatigante et plus atypique : autant de raisons pour les familles avec jeunes enfants, les routards ou backpackers et les étudiants de plébisciter ce mode de transport.

  • Économique : les billets des trains de nuit sont souvent bien moins chers que ceux de jour et permettent d’arriver à destination en début de journée. Ils évitent ainsi d’avoir à payer une nuit d’hôtel et un trajet en taxi pour relier l’aéroport, souvent situés en banlieue des grandes villes, au centre historique. 
  • Écologique : selon les estimations de la compagnie Thello, un trajet Paris-Venise en train émet environ 5 fois moins de CO₂ par personne que le même trajet en avion (18 kg de CO₂ contre 87 pour l’avion). À l’heure du “Flyskam” (honte de prendre l’avion) cette différence a son importance et motive le voyageur. Par ailleurs, bien que les trajets en train de nuit soient plus longs que ceux en avion, la qualité de transport est bien différente. Comparé à l’avion, les utilisateurs n’ont pas besoin d’arriver deux heures avant le départ pour gérer l’enregistrement des bagages, passer le contrôle de sécurité… ni attendre les longues minutes nécessaires à la réception des bagages placés en soute (devant ces interminables tapis roulants, où vous avez l’impression que toutes les valises défilent sauf la vôtre).
  • Original : ils donnent une nouvelle dimension aux trajets. Longtemps, les vacanciers se considéraient en congés une fois arrivés à destination, le voyage était alors perçu comme un moyen, une étape nécessaire mais pas forcément agréable. Comment ne pas les comprendre quand voyager rime avec départ en avion à point d’heure, bouchons sur la RN7 pour descendre à la mer, ralentissements dans le tunnel de Fourvière, longues heures de train avec des enfants impatients… Et pourtant, le trajet pourrait être bien autre chose ! Il pourrait être un moyen de découvrir des villes inconnues, de passer un moment convivial avec sa famille ou ses amis dans un espaces clos, comme une sorte de “pyjama party” qui nous faisait tant rêver quand nous étions petits…

Qu’attend la France ?

Les récentes annonces du gouvernement, dont celle du président Emmanuel Macron le 14 juillet 2020, laissent espérer une réouverture de plusieurs lignes de train de nuit dans les années à venir.

La première à avoir vu le jour est la liaison Paris – Cerbère (66) qui, depuis janvier 2020, propose aux habitants des Pyrénées Orientales de rejoindre la capitale par train de nuit. La réouverture de la ligne est une victoire pour la région et le département qui travaillent activement sur le projet depuis plus de 2 ans. Actuellement, ce trajet est uniquement possible pendant les vacances scolaires et les week-ends, mais le conseil régional espère bientôt pouvoir proposer un service quotidien.

Bien que la réouverture des lignes ferroviaires nocturnes soit de plus en plus un sujet d’actualité, la route est encore longue et complexe car le petit réseau actuellement en activité demeure fragile…

À titre d’exemple, du fait de travaux sur la ligne Paris – Rodez, les horaires et durées des trajets ont été modifiés. Le train part désormais à 19h30 de Paris, soit deux heures plus tôt qu’historiquement, pour arriver en gare de Rodez à 7h04. Il met donc 1 heure de plus qu’en 1956 pour effectuer un trajet similaire… 
L’explication ? Des travaux sur la ligne… 

L’Autriche, une voisine à suivre

Développer un réseau ferroviaire nocturne n’est pourtant pas infaisable ! L’Autriche en est une preuve vivante.

Contrairement à nombre de ses voisins européens, en 2016, l’Autriche décide de développer son réseau de train de nuit en créant sa filiale Nightjet. Cette dernière permet désormais de relier l’Autriche à l’Allemagne, la Suisse, l’Italie et plus récemment la Belgique

Ainsi, depuis le 19 Janvier 2020, la ÖBB Nightjet est fière d’annoncer aux habitants de Vienne ou Innsbruck qu’ils ont la possibilité de rejoindre Bruxelles, par train de nuit, deux fois par semaine. 

Démarche manifestement bénéfique puisque la fréquentation des trains de nuit a doublé depuis lors, passant de 700 000 voyageurs annuels en 2016 à près de 1.5 millions en 2019. Les trains de nuit représentent aujourd’hui 15 à 20% du chiffre d’affaire des trajets longue distance de la Österreichische Bundesbahnen, plus communément appelée ÖBB, la société Autrichienne de chemin de fer. 

Et l’Autriche ne compte pas s’arrêter là : en 2018 elle a entrepris de racheter une partie des rames de trains de nuit allemands et a pour objectif d’inaugurer 13 nouvelles liaisons d’ici fin 2022. 

La recette de son succès ? Sa large gamme de services à bord qui semble correspondre à tous les profils de voyageurs et surtout à tous les budgets : voyage en place assise pour 29.9€, en compartiment couchette partagé avec petit déjeuner pour 49.9€ ou encore en couchette privative dans des compartiments de 1 à 3 lits avec petit déjeuner et repas du soir pour 89.9€. 

Une belle source d’inspiration. Comme diraient nos amis Brésiliens : “La bonne volonté raccourcit le chemin.”… À bon entendeur… !


Sources

elementum dolor. Nullam nec diam amet, Sed ipsum