« Voulu, pas voulu ?… moi j’évolue ! » #Chronique-du-Mycelium

Gérard Langlois Meurinne, psychiatre, psychothérapeute et membre du CEH propose régulièrement la « chronique du Mycelium », réflexion axée sur l’écologie humaine. 

« Écoutant avec quelques amis une interview de Thierry Magnin (1), docteur en sciences et théologien, intitulé « Être humain, pleinement », nous avons été saisis par sa parole très actuelle sur notre condition humaine. Cet homme a l’art de concilier tradition spirituelle et savoir scientifique.

Nous avons été particulièrement frappés quand il a affirmé : « Tout vivant évolue, le vivant qui n’évolue pas meurt », ou encore : « Le vivant, c’est ce qui se laisse transformer ». Il énonce ainsi une « loi de la vie » que l’on peut appeler loi de l’évolutivité du vivant.

 

L’évolutivité du vivant nous mène à la croissance

« Être humain pleinement » : quelle belle proposition pour chacun de nous ! Elle s’inscrit très bien dans cette perspective évolutive qui nous appelle tous, êtres inachevés, êtres en devenir, à nous engager sur ce chemin d’auto-formation et d’auto-perfectionnement.

Oui, mais comment avancer sur ce chemin ? Je crois qu’il nous faut devenir plus conscient de la présence de cette loi « à l’intérieur de nous », non comme une donnée scientifique ou intellectuelle. Écoutons et acceptons l’invitation que nous fait notre vie d’évoluer. Mais cela ne suffit pas encore : il s’agit ensuite d’accompagner cet appel intérieur en le mettant en œuvre dans notre vie concrète. Le sens, la direction sont également inscrits en nous comme une intuition porteuse, parfois discrète et lointaine, parfois forte et lumineuse… à déceler, écouter puis suivre avec confiance, ce qui n’est pas toujours évident. C’est une douce invitation : « deviens et  réalises qui tu es, depuis ton origine ! ».

Les lecteurs qui ont suivi ces chroniques savent que j’ai plusieurs fois évoqué ce phénomène sous le beau nom de « croissance » de la personne (2). Arrêtons-nous à nouveau sur ce phénomène de croissance : il ne s’agit pas de croissance physique ou intellectuelle, ni même de l’acquisition de compétences sociales. Il s’agit de la croissance de « l’être », centre de la personne et « lieu » de son identité et de ses liens essentiels.

La croissance, c’est encore l’émergence, le déploiement ou encore l’incarnation de nos potentialités, autrement dit de nos « richesses d’être », qui sont uniques. Cette croissance est loin d’être automatique, elle est souvent entravée par des obstacles internes ou externes, comme toute entreprise humaine.

Reprenons l’invitation sous-jacente : « Deviens qui tu es ». Avancer dans cette direction, ce qui est possible le vie durant, est un bonheur pour la personne qui le vit et c’est en même temps un « plus » pour l’humanité, car c’est en se réalisant que chacun donne aux autres le meilleur de lui-même. Nous le constatons constamment dans nos accompagnements individuels et de groupe.

Passons au niveau du collectif : on peut parler alors d’un processus d’« humanisation », que j’ai souvent abordé. Il s’agit toujours de la même dynamique de croissance, qui, s’incarnant dans les individus, nous fait évoluer collectivement par vitalisation réciproque.

Oui, on peut dire que l’humanité « avance » malgré et même grâce aux obstacles, aux crises, aux graves problèmes qui trouvent des solutions devenant parfois à leur tour de nouveaux problèmes et ainsi de suite. Il ne s’agit pas d’une avancée vers des « lendemains qui chantent », ni d’un progrès social continu comme on pouvait en rêver depuis quelques décennies.

Il s’agit néanmoins d’un « pas à pas vers un monde plus humain », vers « une société de l’homme ». Certains aspirent et travaillent aujourd’hui à ce qu’ils nomment « Société de Bien Commun ». Il s’agit de viser en même temps le bien de chacun et de tous, le bien de l’individu et celui de la collectivité. Rien n’est garanti et l’appel à un surcroît d’humanisation est souvent ignoré ou négligé. Pourtant l’on sent de plus en plus les aspirations d’une humanité qui souhaite autre chose.

Cette humanité a traversé et vivra sans doute encore des âges sombres, nous le savons ! Aujourd’hui, nous vivons des temps d’inquiétude générale, où les dangers sont multiples :  environnementaux, sociaux, migratoires et même démocratiques. Les peuples ont souvent un sentiment d’impuissance. Et pourtant, depuis la dernière guerre que d’épreuves inquiétantes ont été en fin de compte traversées et surmontées ! Risque nucléaire, guerre froide, guerres coloniales, banalisation des drogues, épidémie du Sida, terrorisme, etc.

Alors, je vous propose un temps de silence et de gravité avant de poursuivre et d’écrire…

 

« La caravane humaine est en marche, elle découvre, apprend, elle invente,  elle traverse, elle grandit…

Rien ne lui est acquis, elle a surmonté nombre d’épreuves.

Elle peut avancer aujourd’hui avec quelques craintes

et avec confiance ! »

 

Pour terminer

J’ai assisté à un bel événement l’autre jour à l’arrivée de la « Marche pour le climat », place de la République à Paris. Les jeunes trentenaires marchant pour le climat étaient attendus et accueillis pacifiquement par les gilets jaunes, quinquagénaires.

Que chantaient ces marcheurs en arrivant à République ? « Mer-ci ! mer-ci ! mer-ci-la-vie ! ».

Puis, le cortège étant arrivé à destination, un jeune rappeur a entonné au micro un chant, repris par des centaines de voix : « On est in-vin-ci-ble ! On est in-vin-ci-ble ! »

Je crois avoir compris. Ce n’était pas : « nous sommes tous puissants » mais « nous les jeunes, nous y arriverons ».

 

Écoutons leur message

(1) « Être humain, pleinement », Thierry Magnin, recteur de l’université catholique de Lyon, interview par Leili Anvar, France Culture, le 31 mai 2017.

(2) André Rochais, fondateur de PRH, Maslow et al.

 

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