Est-il possible de trouver un équilibre entre croissance effrénée et décroissance radicale ? Quelques réflexion proposées par Philippe Royer, auteur de S‘engager pour le bien commun.

Vivre une phase de mutation

Philippe Royer : “La croissance n’est pas un but en soi si on la prend au sens du PIB. On voit d’ailleurs, ces dernières années, que les indicateurs de croissance ont tendance à vaciller très fortement : cela caractérise la fin d’un modèle. En l’occurrence, le modèle ultralibéral. On est dans une phase de mutation, d’une quarantaine d’années, qui va vivre son dernier cycle entre 2020 et 2030.

Dans la dernière phase de cette mutation, des chaos apparaissent et des émergences sont rendues possible. Dans ce contexte, un réflexe assez naturel consiste à se replier sur soi. Cette attitude nous ferme à la modernité, d’une part, mais – ce qui est bien plus grave -il nous ferme à l’autre, dans une forme de repli identitaire.

Or, il faudrait maintenant profiter de cette phase de mutation pour développer un modèle dans lequel soit injectée beaucoup plus de cohérence.

Croître en paix

Dans la vie, il faut accueillir le fait de croître. C’est inhérent à la vie, de naître, croître et mourir.

La croissance fait donc partie de la vie. Une vie dans laquelle il n’y aurait plus de projets pour les générations à venir, dans laquelle LE projet serait de conserver ce que l’on a fait comme hier, ne serait pas, à mon avis, le bon projet.

Pourquoi ? Parce qu’il y a eu de bonnes choses liées au progrès technologiques, mais on a quand même surconsommé, voire pillé, les réserves naturelles ! Je pense que dans 300 ans, les livres d’histoire diront de nous que nous n’avons pas été très raisonnables, notamment sur la question de la consommation des énergies fossiles.

On sort donc d’une période dans laquelle il y a eu des choses qui sont nettement à corriger…

Adopter la sobriété heureuse

Je crois qu’une croissance raisonnable est possible et qu’il faut retrouver cette notion de sobriété heureuse.

Ce qui signifie qu’il va falloir mettre un terme à ce type de croissance qui consiste à produire des gadgets consommateurs d’énergie, qui finiront jetés, détruits, sans avoir participé à la création du moindre bien commun. Arrêtons avec cette société matérialiste au sein de laquelle les bidonvilles des mégalopoles regroupent sur un même lieu physique les déchets de la surconsommation matérialistes avec les exclus du système – dit plus violemment, “les déchets humains” !

Il est vraiment temps de changer les choses. Avançons, ayons une vision. Développons et faisons croître des projets au service du bien commun. Déployons cette croissance durable.

Se méfier de la décroissance totale

Si on allait dans une décroissance totale, ce sont les catégories fragiles qui deviendraient les nouveaux exclus. Les riches, très riches, seraient un peu moins riches – à la rigueur ce ne serait pas un problème – mais les fragiles deviendraient très fragiles.

La décroissance doit être accompagnée, à la fois dans un mouvement de changement de cap et sans brutalité. Il en va de la dignité de la personne humaine. Et on l’a dit, le bien commun consiste à prendre soin de chacun.”


Découvrir une autre vidéo de Philippe Royer : Économie bienveillante : mettre le bien collectif au-dessus du bien individuel