Les Croqueurs de pommes est le doux nom de l’association nationale des amateurs bénévoles pour la sauvegarde des variétés fruitières régionales en voie de disparition. Conversation avec Jacques Marchand, Président de l’association. Un échange généreux et bienveillant.

L’association des Croqueurs de Pommes fédère des associations locales autonomes autour d’un même objectif : sauvegarder le patrimoine fruitier, parfois vieillissant, face aux activités humaines modernes souvent envahissantes et dévastatrices, et à une production fruitière industrielle standardisée et fade, soumise à des traitements intensifs. 

MAIS QUE VEULENT LES CROQUEURS DE POMMES ?

L’association les Croqueurs de pommes a vu le jour en juillet 1978 à Fontenelle (Territoire de Belfort), à l’initiative de Jean-Louis Choisel et deux amis : Jacques Barbier, avocat, et Frédéric Beley, responsable EDF.

Rapidement médiatisé, le mouvement se développe en 64 associations locales. Elles regroupent aujourd’hui plus de 8200 adhérents en France et pays limitrophes. Tous sont passionnés de Pomologie (connaissance des variétés fruitières) et d’arboriculture (taille, greffage – essentiel pour reproduire les variétés à l’identique -, soins du verger). Ensemble, ils consacrent donc leur énergie à rechercher et sauvegarder le patrimoine génétique fruitier, retrouver et promouvoir des variétés fruitières méritantes et informer le plus grand nombre des enjeux de ces thématiques.

Les actions locales des Croqueurs de Pommes sont multiples. Parmi les activités proposées, on retrouve des séances gratuites d’initiation au greffage, à la plantation, à la taille, à la détermination des fruits… afin d’aider les propriétaires de vergers et toutes autres personnes concernées dans l’entretien et la rénovation de vergers. Par ailleurs, l’association établit et/ou soutient des vergers de sauvegarde associatifs, communaux ou particuliers, de taille très variable (quelques arbres jusqu’à plusieurs centaines) – on peut estimer à plus d’un million les fruitiers ainsi entretenus par – en 2010 l’ensemble des associations affiliées. Attachés à la diffusion de leurs connaissances, Les Croqueurs de Pommes valorise cette transmission et partage, au moyen de publications, d’expositions de fruits locaux dans diverses manifestations : chez les adhérents, dans des stands aux foires, comices agricoles

Lieu d’échanges d’idées, d’expériences et de création de réseaux, l’Association cherchent à redonner leur place aux variétés anciennes et locales, qu’il s’agisse ce soit de pommes, de poires, de prunes ou autres fruits, selon les régions.

LE PRÉSIDENT RACONTE

Jacques Marchand est membre des Croqueurs de Pommes depuis 20 ans et la préside depuis 8 ans. Il raconte :

“J’ai rejoint l’Association il y a 20 ans, au côté de mon frère qui, lui, était déjà membre. J’avais quitté ma région d’origine et emporté avec moi le souvenir des vergers de mon père, avec ses arbres si généreux que j’avais toujours connu. Je n’avais qu’une envie : celle d’en faire croître dans ma nouvelle région. À cette époque, nombreux étaient ceux qui travaillaient dans l’industrie. Moi, j’avais réalisé que, dans la vie, il y a des choses plus importantes que d’autres. Pour moi ces choses étaient les vergers et la famille ! La ville n’a jamais eu un grand attrait pour moi.

Dans le monde dans lequel j’ai grandi, on se rendait à l’école à pied, en toute sécurité. Il n’y avait pas de téléphone portable et nous ne passions pas nos journées derrière nos écrans. Dès que possible, nous allions aider nos voisins, paysans. Ce lien à la terre, cet engagement solidaire, c’est ce que je retrouve au sein de l’association Les Croqueurs de Pomme. À l’heure actuelle, je réalise que la plupart des belles choses que j’ai connues disparaissent ; naît en moi ce besoin de les maintenir en vie. Cette même nécessité anime aussi les bénévoles de l’association.

Le lien qui nous uni, entre nous, membres éparpillés aux quatre coins de la France et de l’Europe, est la volonté : celle de préserver les variétés de pommes existantes, au nom de la biodiversité, tout d’abord. Avez-vous remarqué que les magasins ne proposent qu’une douzaine de variétés de ce fruit de qualité ? Pourtant, des variétés de pommes, il en existe des milliers, très bonnes et adaptées à chaque terroir !! Il faut les maintenir en vie, surtout les plus anciennes, ces êtres fragiles, dépendant de l’activité de l’homme. Et puis celle de transmettre cette nature dont nous avons hérité, aux générations présentes et futures. Nous y travaillons activement, notamment via des actions de sensibilisation au sein des écoles. Le constat est sans appel : la transmission la plus réussie passe par les enfants ! Les plus jeunes sont très réceptifs à la notion de préservation et deviennent couramment vecteurs auprès de leurs aînés.

Nos actions locales et nationales ont toujours vocation à exprimer cette volonté. Tout au long de l’année, nous proposons des démonstrations pédagogiques ; les participants peuvent repartir avec des brochures techniques, des livres de recettes, des cahiers thématiques… En outre, l’association met à leur disposition des fiches produits et un almanach qui paraît tous les ans avec un nouveau thème.

Par ailleurs, dès que la saison est propice, nous organisons des expositions. Ce sont des moments de rencontre et de partage qui donnent lieu à la présentation de variétés de pommes et d’autres activités telles que la greffe d’automne, l’identification de variétés fruitières et locales, des points conseils et vente, l’exposition et la dégustation de fruits… Ces événements sont ouverts à ceux qui le souhaitent, dans toute la France. D’ailleurs, vous pouvez retrouver le calendrier des activités et expositions dans notre bulletin trimestriel, conçu pour permettre à chacune de nos associations locales de prendre la parole

Ce qui fait particulièrement ma fierté dans les actions que nous menons, c’est l’exposition Europom. Elle se tient tous les 5 ans, en France, et réunit les amateurs bénévoles de toute l’Europe. La dernière remonte à 2018 et a eue lieu à Troyes, dans l’Aube. Nous avons investi le parc des expositions, une salle d’environ 4000 m2 et avons présenté plus de 2000 variétés fruitières. C’est notre fierté, la couronne de l’édifice !

Pour la suite ? Nous souhaitons développer l’activité de pépinières auprès des particuliers. Les variétés de pommes sont de plus en plus difficile à trouver et les anciens de moins en moins présents pour transmettre leurs connaissances. Je crois donc qu’il faut sortir de sa rue, de son village pour diffuser cette connaissance. L’association intervient également au niveau local pour la réimplantation des vergers, de plus en plus avec le concourt des collectivités territoriales. L’idée étant d’évoluer vers l’agroforesterie.

Pour conclure, je voudrais rappeler l’importance de réimplanter les variétés locales dans nos régions. L’arbre c’est la vie. Il est celui qui nous donne de l’ombre et de la nourriture, des fruits comestibles et agréables… Georges Brassens a pu chanter auprès de mon arbre je vivais heureux” : il a raison ! Là où un arbre est planté, les gens se sentent bien. La vie renait. Regardez les arbres plantés sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Ils ont fini par redonner vie à ce chemin désormais utilisé par d’autres que les seuls pèlerins.

Si vous avez un projet en relation avec la préservation des espèces fruitières, contactez-nous. Nous vous conseillerons avec joie et gratuitement. L’association est ouverte à tous. Si nous nous appelons Croqueurs de Pommes, ça ne veut évidemment pas dire que nous ne nous intéressons pas aux autres fruits !”


Pour en savoir plus : https://croqueurs-national.fr