Thibault Lacheteau est Directeur de NOVEOS, parc d’affaires de 65 hectares qui accueille plus d’une centaine d’entreprises et 10 000 salariés, au Plessis-Robinson (92). Après une formation juridique et une première expérience dans la gestion de patrimoine, Thibault Lacheteau intègre NOVEOS en 2004 pour travailler sur des problématiques d’urbanisme et de droit immobilier. Après quelques mois, on lui propose de prendre la direction de la société afin de mettre en oeuvre une nouvelle politique d’organisation, portée par son regard neuf sur le parc.
Cet article est issu du livre  « Société de Bien Commun vol. 2, révéler l’humanité, combattre l’inhumanité ».

“C’est à nous, en qualité de gestionnaire, de déterminer comment rassembler ces femmes et ces hommes issus d’entreprises différentes.”

Comment un parc d’activités trouve-t-il sa place dans une Société de Bien Commun ?

Si la finalité première d’une zone d’activités est bien de permettre aux entreprises de s’y développer, le rôle du gestionnaire va au-delà : sa valeur ajoutée est de créer du lien entre les différents acteurs. Appliquée à un parc d’activités, la notion de bien commun s’inscrit dans un double axe : une gestion saine vis-à-vis des actionnaires qui permette à chacune des parties – actionnaires, entreprises, collaborateurs – de tirer profit de leur présence sur le parc. De son installation sur le parc, chacun attend des intérêts spécifiques liés à son activité propre ainsi que la possibilité de bénéficier de structures communes. Le gestionnaire doit offrir un environnement qui permet à chaque entreprise de développer humaniser un parc d’activités 175 son activité et de la pérenniser sur le site. La finalité d’une structure comme la nôtre n’est donc pa tant la performance financière du gestionnaire que l’adéquation des réponses apportées aux problématiques des différentes entreprises et à l’ensemble qu’elles forment.

Un parc à part, né de la réunion d’entrepreneurs

Qu’il s’appelle parc d’activités, ZAC (1) ou pépinière (2), sa fonction reste l’accueil d’entreprises sans que celles-ci ne soient soumises aux contraintes et interdictions de la ville (bruit, difficulté de trouver des zones de stockages, livraisons…). Dans la majorité des cas, les parcs d’activités sont administrés par des personnes publiques, le plus souvent les communes. Voilà pourquoi ces zones se sont souvent développées à la faveur d’un urbanisme fonctionnel, alignant grandes avenues, trottoirs mal entretenus et signalétique aléatoire. NOVEOS, pour sa part, est un parc privé, doté d’une gestion privée, ce qui rend les choses très différentes. NOVEOS GESTION est une structure à taille humaine qui, depuis sa création, est toujours guidée par la volonté de préserver et développer le bien commun. À l’origine, des entreprises comme Coca-Cola, Air Liquide, Danone, ont dû quitter Paris pour de multiples raisons, liées – ou pas – à leur activité : flux de camions, nuisances industrielles, pression foncière… Ces grandes entreprises, auxquelles d’autres sont venues s’ajouter, ont décidé de relever le défi d’un nouveau modèle économique en s’implantant sur une zone d’activités créée de toute pièce, à quelques encablures de la capitale. Elles ont financé l’aménagement et le lotissement de cette zone industrielle et en ont confié la gestion à une structure, que je dirige aujourd’hui, en charge des infrastructures (voiries, zones d’assainissement, éclairage public) mais pas seulement… Les années ont passé et d’un rôle d’aménageur, puis de gestionnaire, NOVEOS GESTION a accompagné ce projet patrimonial en devenant animateur du pôle. Cette organisation, basée sur le principe de subsidiarité (3) démontre que le privé peut tout aussi bien gérer de tels aménagements.

Un contrat social tacite

Parvenir à une gestion pérenne d’un parc d’activités nécessite que les différents acteurs soient en phase sur les objectifs à atteindre et que l’on confie à une entité identifiée, telle que NOVEOS GESTION, la mise en oeuvre de ces projets. En effet, la volonté commune de développement économique est ici supérieure et le succès du modèle de NOVEOS tient au fait qu’en dépit d’intérêts différents, le gestionnaire n’a jamais favorisé tel ou tel actionnaire et a géré ce patrimoine commun sans abus, en « bon père de famille ». Prenons l’exemple d’une entreprise qui se développe et voit le nombre de ses livraisons s’accélérer : elle ne va pas décider arbitrairement d’utiliser la voirie comme solution de délestage mais va chercher un terrain supplémentaire pour y aménage un parking ou des infrastructures nécessaires. C’est le contrat social qui la lie aux autres, qui l’oblige à prendre des mesures pour résoudre son problème, quitte à acquérir un nouveau terrain pour répondre à sa croissance. Ce modèle implique un contrat social clairement défini et partagé par tous, afin que chacun puisse en mesurer l’efficacité à tout moment et vérifier la pertinence des investissements engagés dans l’intérêt commun.

Avantages et point d’attention d’une telle structure

Une structure qui responsabilise les acteurs 

Pour une entreprise rejoindre un parc privé de ce type, implique une participation aux charges de fonctionnement pour l’entretien des infrastructures, charges qui, dans le cas d’un parc public, incomberaient à la collectivité locale. Le fait d’être réunis autour d’un même contrat social, permet de faciliter les échanges, d’accélérer la prise de décision et représente une force face aux acteurs locaux. L’un des principaux avantages de notre système réside dans le fait de responsabiliser les différentes parties prenantes et de consommer avec modération : cela nous oblige à nous challenger sans cesse sur nos forces et nos faiblesses afin de nous adapter.

Un modèle que l’on doit veiller à garder ouvert

Un risque bien identifié serait de vivre en cercle fermé, ce qui irait à l’encontre du principe de bien commun. Il faut savoir, dans le cadre d’un quartier, s’ouvrir sur l’extérieur, ce qui implique de consacrer des moyens suffisants pour ne pas être en marge du périmètre dont on a la gestion. Si par exemple, on ne fait pas de dépenses sur l’éclairage ou la réfection des voiries, à un moment ou à un autre, on se retrouve en décalage avec notre environnement proche, ce qui n’est pas souhaitable.

L’humain au cœur du système

Pour moi, une activité n’a de sens que parce que des femmes et des hommes contribuent à l’objet social de chaque entreprise. Il s’agit donc d’accorder à l’humain, dénominateur commun de ces entreprises, une place essentielle. Nous sommes au service des entreprises pour leur permettre d’exercer sereinement leur activité, ceci se traduit au quotidien par notre capacité à trouver des solutions à leurs différentes problématiques, comme pourrait le faire un gardien d’immeuble. Et il est vrai que c’est plus facile lorsque l’on partage des valeurs communes. C’est à nous, en qualité de gestionnaire, de déterminer comment rassembler ces femmes et ces hommes issus d’entreprises différentes sur des sujets fédérateurs comme le bien-être au travail, la bienveillance, le sport… En multipliant ces initiatives et ces moments de convivialité, NOVEOS GESTION contribue à rassembler les personnes autour d’une Société de Bien Commun.

De la sphère privée à la cohésion inter-entreprises

C’est dans cet esprit que sont nées Les Foulées de NOVEOS, course inter-entreprises rassemblant chaque année plus de 400 salariés qui participent individuellement ou en équipe. L’initiative est partie d’un salarié, s’est étendue à un groupe de collaborateurs puis a dépassé les frontières de l’entreprise pour toucher d’autres entreprises. De plus, le soutien de l’association Vaincre la Mucoviscidose ancre la course dans une dimension altruiste qui vient renforcer le volet fédérateur. Lors de ces événements, préparés en amont avec le Club des Entreprises de NOVEOS, des liens privilégiés se nouent. C’est un moyen de rencontrer l’autre, d’échanger autour d’un effort commun, cela renforce le dialogue inter-entreprises et peut même générer de nouvelles relations commerciales.

Des contraintes aux opportunités : l’exemple du PDIE et du poulailler

Le gestionnaire d’un parc d’activités et les entreprises sont confrontées à de nombreuses obligations législatives qu’ici, nous avons choisi de transformer en opportunités. C’est le cas par exemple du Plan de Déplacement Inter-Entreprises (PDIE). La loi oblige les entreprises de plus de 100 collaborateurs réunis sur un même site à se doter d’un Plan de Déplacements dans l’Entreprise (PDE) (4) afin de limiter l’empreinte carbone. Mais si plusieurs entreprises localisées au même endroit se mutualisent autour d’un PDIE, elles sont exonérées de cette obligation et le PDIE devient un moyen de humaniser un parc d’activités 179 favoriser les échanges. Aujourd’hui, sept sociétés du parc, parmi les plus importantes, puisqu’elles représentent 6 500 salariés sur les 10 000 du parc, sont concernées par ce PDIE. Dans le même souci de mutualisation, NOVEOS a mis à disposition des salariés du parc une flotte de dix vélos à assistance électrique et travaille sur un projet de véhicules en auto partage, à l’image du modèle Autolib. C’est également d’une obligation réglementaire qu’est née la belle histoire du poulailler de NOVEOS. Alors que l’entreprise Optic 2000 cherchait une action RSE (5) à laquelle faire participer ses salariés, nous avons proposé d’orienter la réponse autour du gaspillage alimentaire et de la collecte des déchets. D’un côté, l’entreprise avait une cantine qui produisait des déchets organiques, de l’autre, NOVEOS GESTION avait un employé, expert en la matière, disposé à donner de son temps libre pour s’occuper d’un poulailler. La création de ce poulailler collaboratif a eu des bénéfices multiples : d’autres cantines s’y sont associées (6 tonnes de déchets alimentaires par an sont collectées), les salariés, sensibilisés à l’opération, ont changé leur regard sur la personne en charge du poulailler, chacun a le sentiment de faire partie d’une histoire commune. Cette opération symbolise parfaitement ce cercle vertueux dans lequel nous souhaitons nous inscrire.

À la manière d’une pépinière d’entreprise

Le parc NOVEOS propose aux jeunes entreprises qui ont un projet de les accompagner dans leurs premiers pas. À la manière du logement social dans les villes, le parc NOVEOS fait bénéficier ces entreprises d’un « bureau social » afin de favoriser leur envol. À titre d’exemple, le parc a mis à disposition d’une jeune entreprise, MUGO Paysage, une partie d’un entrepôt et délégué un de ses employés afin de l’aider à lancer son activité. Celle-ci a ensuite connu une croissance exceptionnelle : c’est aujourd’hui une PME de 200 personnes. Sans prétendre que nous sommes à l’origine de ce succès, nous avons répondu présents face à un besoin et notre aide a été le levier qui manquait à ce chef d’entreprise. De la même façon, le gestionnaire du parc a accompagné l’arrivée d’un foodtruck et l’installation d’un artiste peintre… À chaque fois, nous faisons le pari qu’en donnant un peu, nous verrons celui qui est aidé multiplier la mise. Nous avons été rarement déçus ! En retour, le parc sollicite ces entreprises pour participer aux animations et échanges proposés sur le parc (journée du développement durable, visites, témoignages…), toujours dans cette volonté de rapprocher les uns des autres et de créer du lien social.

L’agilité d’une gestion privée

À la différence de l’État ou d’une commune en charge d’une zone d’activités, un gestionnaire de parc privé n’est pas tributaire d’enjeux électoraux qui viendraient se heurter au développement d’un espace de bien commun et ainsi dénaturer le contrat social qui nous lie. Cette indépendance d’action doublée d’une indépendance financière nous permet de travailler sur le long terme, à la manière des entreprises qui fonctionnent sur des cycles longs. Notre mode opératoire se différencie des services économiques des communes dans le sens où il ne propose pas d’actions sans savoir si elles sont utiles et adaptées. Notre démarche consiste au contraire à répondre aux besoins et exigences en demandant aux entreprises de s’approprier le sujet, puis nous bâtissons avec elles une réponse mutualisée. Nous agissons comme un prestataire qui répond à un cahier des charges qu’elles ont elles-mêmes écrit.

Favoriser les contacts

Avoir 1 000 contacts sur un réseau professionnel ne remplace pas la vraie rencontre. La volonté de développer et d’enrichir les relations sur le parc a guidé, il y a cinq ans, la création du Club des Entreprises de NOVEOS. Regroupant quarante entreprises qui y adhèrent volontairement – grands groupes comme TPE – il est aujourd’hui le représentant de 80 % des collaborateurs du parc. Son objet ? Développer du lien entre pairs mais aussi se concerter pour apporter des réponses mutualisées à des problématiques communes : RH, conciergerie, RSE.
L’originalité de ce club est de dépasser le cadre stricto sensu du contrat social qui lie ces entreprises pour aller à la rencontre de chaque dirigeant, connaître ses besoins et attentes. Preuve du succès de la formule : aujourd’hui, lorsqu’une entreprise est confrontée à une problématique, elle se tourne automatiquement vers le Club des Entreprises pour chercher une solution.

Un engagement volontaire

Procédant de la même volonté de proximité, NOVEOS gestion est installé à l’intérieur du parc, au plus près des entreprises, afin d’en connaître les acteurs et leurs besoins. Son rôle d’animateur l’amène à entraîner les collaborateurs des entreprises du parc sur les nombreuses opérations visant à renforcer les liens avec des acteurs locaux comme les pompiers, à mener des actions solidaires avec des associations telles que Les Orphelins Apprentis d’Auteuil ou Vaincre la Mucoviscidose, à se dépasser lors d’événements sportifs…
Pour ces actions volontaires, comme pour les obligations auxquelles les entreprises doivent s’astreindre – comme le Plan de Déplacement Inter-Entreprises – ce sont les liens qui facilitent la mutualisation. Sur notre parc, parce qu’ils se connaissent, sociétés et collaborateurs sont acquis à l’idée que s’unir pour apporter une réponse commune est un gage d’efficacité.

La dynamique au service du bien commun

En définitive, si l’originalité de ce modèle tient à son caractère privé, c’est la volonté et l’énergie déployée par le gestionnaire-animateur qui l’inscrit dans une Société de Bien Commun. C’est cette multiplicité d’initiatives qui permet aux uns et aux autres de s’épanouir dans leurs compétences sur le territoire. Pour conclure sur un parallèle, j’assimile le bien commun à un Rubikscube : il y a des contraintes, des mécanismes à connaître, mais ce qui permet de réussir à le construire, c’est le lien et l’agilité que l’on met dans tous nos projets pour en faire un objet au service de tous.

>> Pour approfondir cette réflexion sur la Société de Bien Commun, cliquer ici. <<

Ce livre est un appel lancé aux femmes et aux hommes d’ici et d’aujourd’hui : les idées pour humaniser le monde se trouvent dans la vie de tous les jours ! Nous sommes tous de potentiels acteurs de cette conversion positive. Pourquoi pas vous ?


  1. ZAC : Zone d’Aménagement Concerté.
  2. Une pépinière est une structure d’accueil, d’hébergement temporaire proposant des locaux, des bureaux équipés, des aides et des services adaptés à des entreprises nouvellement créées.
  3. Subsidiarité : principe selon lequel une autorité centrale ne peut effectuer que les tâches qui ne peuvent pas être réalisées à l’échelon inférieur.
  4. Un PDE, Plan de Déplacements Entreprise, est un ensemble de mesures visant à optimiser les déplacements liés aux activités professionnelles, en favorisant l’usage des
    modes de transport alternatifs à la voiture individuelle.
  5. RSE : Responsabilité Sociétale des Entreprises.
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