Débrouillard et malin, en voici un qui mérite un éloge divin. Les corvidés, qui nous sont donnés en exemple, nous ressemblent à certains égards. Pourtant, dans le règne animal, rien ne nous égale.

Tugdual Derville, co-initiateur du Courant pour une écologie humaine : “Selon les lois de l’évolution, nous ne descendons en rien des singes, puisque nous sommes contemporains. Mais nous avons un ancêtre commun, et l’observation des grands primates, nos cousins les plus proches, est à la fois fascinante et instructive. « Regardez-les corbeaux ! » dit Jésus dans la Bible. Conseil prophétique : les éthologues sont de plus en plus fascinés par les corvidés : chez nous, grand corbeau et corbeau freux, corneille, choucas des tours, mais aussi chocard à bec jaune, pie bavarde et geai des chênes ; en Palestine, corneille mantelée notamment… Toute une famille de surdoués !

Omnivores, les corbeaux ont sinistre réputation, à cause de leur couleur noire dominante, du vacarme de leurs réunions, de leur prédilection pour les charognes et les œufs frais volés au nid, sans oublier les dégâts occasionnés aux semis.

Depuis longtemps, ces grands passereaux, bien que méfiants, ont compris l’intérêt de la proximité des hommes. Leur débrouillardise légendaire trouve une illustration dans la Bible. Pendant une terrible famine liée à la sècheresse, Elie se réfugie près du torrent de Kerith, où il reçoit la double visite quotidienne de corbeaux obéissant à l’ordre de Dieu : « Les corbeaux lui apportaient du pain et de la viande, matin et soir, et le prophète buvait au torrent » nous rapporte le 1er livre des rois. Il suffit d’observer les corvidés dans nos rues pour louer le choix divin d’un tel livreur. Le corbeau freux (celui qui a un bec grisâtre), plus urbain que le grand corbeau, est expert en récupération de nos déchets.

Les corbeaux sont – à bien des égards – encore plus malins que les singes. Dotés d’une excellente mémoire, certains réussissent mieux que les chimpanzés les tests de coopération comme celui qui exige que deux oiseaux tirent en même temps une ficelle pour obtenir une friandise. Très dense, leur cerveau, comporte un vaste espace dédié à la réflexion. Ce sont des animaux sociaux au comportement sophistiqué. Atomes crochus, inimitiés et positions hiérarchiques n’ont rien à envier à nos groupes humains. Quand il découvre le cadavre d’un animal trop gros pour lui, maître corbeau appelle ses congénères pour le partager… Ils l’aideront à le défendre contre d’autres charognards… Le corbeau ne se reconnait pas dans un miroir, mais il peut utiliser le reflet d’une nourriture pour la trouver.”


Cet article est tiré de la Chronique Des Animaux et des Hommes (29/12/2021), produite et diffusée sur ktotv.