Lecture 7 min.|Fablab, espace de coworking, café lumière, ressourcerie, recyclerie… Les Tiers-Lieux fleurissent dans nos villes et départements. Vous souhaitez mieux comprendre de quoi il retourne ? Laurie a enquêté pour vous sur ce concept assez récent qui favorise le lien social.

Tiers-Lieu : les origines

Démocratisés en France dans les années 2010, les Tiers-Lieux ont redynamisé la notion de « Troisièmes Lieux », théorisée en 1989 par le professeur de sociologie urbaine Ray Oldenburg. Comme l’évoque le sociologue Antoine Burret, les Tiers-Lieux en reprennent les notions de base, à savoir un lieu hybride entre le foyer familial et la sphère professionnelle, agrémenté d’une dimension éducationnelle et engagée ; un endroit où chaque citoyen doit se sentir libre d’échanger, de rencontrer, d’apprendre ou de créer avec d’autres membres de la communauté.

Cette adaptation résulte, entre autres, de la mutation des modèles traditionnels de travail et d’apprentissage avec l’arrivée du smart office, la multiplication du travail indépendant et la démocratisation du télétravail. 

On peut donc dire qu’il y a autant de définitions de Tiers-Lieu que ce qu’il y a de Tiers-Lieux eux-mêmes. Toutefois, tout Tiers-Lieu repose nécessairement sur quatre concepts : 

  • Une communauté : un Tiers-Lieu se doit d’être un espace favorisant la sociabilité, les échanges et les rencontres.
  • Un territoire : un Tiers-Lieu doit s’intégrer dans le territoire physique qui l’accueille afin d’apporter un soutien aux projets de développement locaux ainsi qu’à ses usagers.
  • Une gouvernance : un Tiers-Lieu appartenant à une communauté, sa gouvernance tend à être ouverte et participative. Toutefois, l’usage veut qu’un « concierge », souvent salarié, soit attitré à chaque Tiers-Lieu pour s’assurer du bon fonctionnement de la structure.
  • Des animations : un Tiers-Lieu est un endroit vivant au rythme de sa communauté. Les animations sont directement organisées par les membres qui la composent partageant, le plus souvent gratuitement, leurs expériences et leurs connaissances. 

Le gouvernement en soutien

Ayant pour objet de lutter contre l’exclusion sociale / l’isolation spatiale et de dynamiser les territoires, la démarche des Tiers-Lieux est soutenue par le ministère de la Cohésion des Territoires et des Relations avec les collectivités Territoriales

Afin de favoriser leur expansion, le gouvernement a lancé en 2019 un appel à Manifestation d’Intérêt (AMI) de 45 millions d’euros. L’objectif est d’identifier, d’ici 2030, 300 fabriques existantes ou en cours de création et de leur apporter un soutien financier pour le démarrage du Tiers-Lieu. Le montant de l’allocation dépend du lieu d’implantation (Quartiers Prioritaires de la Politique de la Ville ou non), de la nature des services et de leur diversité. 

En France et à l’international

La Recyclerie à Paris, Le Verger de Vincent en Lorraine, La Smalah à Saint Julien en Born, La Cantine à Brest… Les Tiers-Lieux se sont progressivement multipliés dans les départements et régions : selon le rapport de Patrick Lévy-Waitz, Faire ensemble pour mieux vivre ensemble, La France en comptait déjà 1 800 en 2018. 
La démarche se démocratise également à l’étranger comme à Ixelles, en Belgique, où le Café Repair propose un vaste choix d’ateliers participatifs, espaces de coworking, etc. ou encore à Montréal, au Canada, où l’on peut découvrir L’Alchimie. La liste est encore longue, bien entendu, mais le but de cet article n’est pas d’en faire un recensement exhuastif !

Focus sur des Tiers-Lieux pas comme les autres

Créée en 2010, la Commune Image à Saint Ouen  se présente comme un incubateur de projets cinématographiques. Composé d’une communauté de plus de 7 300 abonnés, le Tiers-Lieu accompagne annuellement une centaine de projets audiovisuels en leur procurant un soutien logistique, matériel et humain. 

Au cœur du territoire de Seine-Saint-Denis, cette structure s’attelle également à redynamiser et recréer du lien social en proposant des projections publiques et gratuites chaque mercredi soir, suivies de débats animés par des cinéastes indépendants. 

Dans un département connu pour son isolation et sa faible densité, la Creuse abrite un Tiers-Lieux bien plus polyvalent : La Quincaillerie. Cette structure propose une offre très diversifiée : atelier de Fab-Lab, studio d’enregistrement d’une radio indépendante locale, espace de co-working, salles de réunion, salon d’exposition… ainsi qu’un large choix de services avec comme mots d’ordre « convivialité » et « entraide ». Initiée et portée par la communauté d’agglomération du Grand Guéret, La Quincaillerie se présente comme un lieu fédérant des « implications citoyennes et collectives »

De plus en plus nombreux sur le territoire, ces lieux de partage cherchent à s’agrandir et à diversifier leurs offres, à l’image de L’Hermitage, Tiers-Lieu situé à 1 heures de Paris en direction de Lille. 

Cette gigantesque ferme urbaine, composée de 21 bâtiments et s’étendant sur plus de 30 hectares, dont 21 de bois et 3 de terres cultivables, regroupe, entre autres, un café cantine, une université citoyenne, une ferme, une AMAP, une serre aquaponique, un café repair, un studio de radio…

L’histoire de l’Hermitage est d’ailleurs passionnante : après avoir été le théâtre d’importants combats pendant la première guerre mondiale, le domaine resta un temps un vaste no man’s land, avant d’être racheté pour devenir un élevage industriel avicole. Bien que la période d’entre deux guerres fut relativement prospère pour le domaine, la faillite du propriétaire pendant la seconde guerre mondiale mis fin à cet âge d’or. 

Laissé un temps à l‘abandon, il faudra attendre les années 1950 pour que le domaine retrouve sa splendeur. Une communauté de malades, désireux de sortir des sanatoriums et autres lieux de réclusion, la rachetèrent et décidèrent d’y créer un projet de vie dont ils seraient partie prenante. 

Aidés par l’association des Petites Soeurs de Foucauld, ils créèrent la première communauté de malades aux commandes de leur propre maison médicale. Élevage, maraîchage, ateliers de menuiserie ou de mécanique furent alors initiés afin de permettre aux pensionnaires de reprendre place dans la vie active. 

Pour étendre le concept, la fondation fut transformée en ONG sous le nom de Centre International de Développement et de Recherche (CIDR), au début des années 60. À la mort de son responsable en 2015, il fut décidé de déménager le siège et la propriété fut mise en vente. En 2017, un collectif citoyen se forma et décida de racheter le domaine pour y créer le Tiers-Lieu de l’Hermitage. Ce projet pu voir le jour grâce à une campagne de financement participatif et le soutien de 1 200 donateurs.  

Si vous êtes de passage dans la région, n’hésitez pas à vous y arrêter. Et sinon, une visite de leur site internet s’impose : il y a tant à apprendre de cette démarche novatrice ! 

Ca se passe près de chez vous

Nombreuses sont les associations qui recensent les Tiers-Lieux français, à l’image de France Tiers Lieux, la Coopérative Tiers-Lieu(x), Movilab… Vous devriez pouvoir en découvrir là où vous habitez. Une excellente façon d’ouvrir son horizon, de rencontrer de nouvelles personnes, d’ajouter une compétence à son arc !


Sources de cet article : 

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